De la colère à la détermination
Il y a un an, j’ai fait la paix avec ma colère. Et ça s'est passé juste là, au bord de cette rivière. C'était en avril, en pleine fonte des neiges. J’ai passé des heures assise sur un rocher, seule, à la regarder, à l’écouter, à sentir sa fraîcheur sur ma peau. J’étais fascinée par la puissance qui se dégageait d’elle, complètement hypnotisée. Elle était déchaînée, rien ne pouvait l’arrêter.
Au bout d’un moment j’avais la sensation d’être devenue cette rivière... Je ressentais sa puissance dans mon ventre. Il m’a fallu du temps pour réaliser que c’était en fait ma colère que je reconnaissais en elle. Une digue avait été ouverte quelques semaines plus tôt, et depuis, ses flots déferlaient comme ceux de la rivière, complètement déchaînés. Trop longtemps contenus, j’avais la sensation que maintenant rien ne pouvait plus les arrêter. Et je me détestais quand j’étais dans cet état.
J’ai pris le temps de ressentir ce qui se passait en moi. J’ai fait de la place à mes sensations et à mes émotions, toute la place dont elles avaient besoin. Je les ai laissées aller jusqu’à leur terme, jusqu’à ce qu’elles s’apaisent d’elles-mêmes et que leur sens se clarifie dans mon esprit. Jusqu’à ce que je réalise que, comme cette eau, ma colère était une source d’énergie puissante et que, s’il était impossible d’arrêter ses flots, je pouvais encore choisir à quoi je souhaitais employer toute cette énergie.
C’est ce que j’ai fait. A mon retour, je l’ai utilisée de manière constructive, positive et pleine de sens pour moi. J'ai rejoins Mères au front, des mères et grand-mères mues par leur amour, pour des sit-in devant les bureaux du premier ministre. Le simple fait d'être là, debout, a tout changé dans ma posture intérieure. Je ne me sentais plus seule et impuissante face à l'ampleur de la tâche.
Le fait de reconnaitre ma colère, de l’accepter comme faisant pleinement partie de moi et de me mettre en action lui a permis de s’apaiser. Elle a fait place à de la détermination, une énergie toute aussi puissante mais ancrée. Depuis, j'agis régulièrement, à ma mesure, très simplement. Ma colère est encore là, je la sens en bas, dans mon bassin, mais elle n’explose plus comme avant. Elle constitue une réserve d’énergie et de courage dans laquelle je peux puiser dès que j’en ai besoin.
Avec une année de recul, un cycle de saisons complet, je réalise que le fait que ma colère se mette en retrait a révélé une autre émotion. Cet hiver, elle a laissé place à ce qui la nourrissait inconsciemment : de la peur. Associée à l’Eau en énergétique chinoise… comme par “hasard”. Mais ça, je vous en parlerai une autre fois !
Et vous, comment vivez-vous votre colère ? Vous efforcez-vous de la cacher ? La laissez-vous exploser ? Ou bien avez-vous trouvé un chemin pour l’exprimer sainement ?
Qu’est-ce qui la déclenche ? Qu’est-ce qui l’amplifie ? Qu’est-ce qui l’apaise ? Faites-lui de la place. Observez-là. Que devient-elle à la lueur de votre conscience ?