Petites histoires de bassin et de périnée

Premiers pas grâce au Qi Gong de la femme

Connaissez-vous votre bassin et votre périnée ? Les connaissez-vous vraiment intimement ?
De mon côté, c’est ce que je croyais à l’époque où j’ai commencé le Qi Gong au féminin. Je pensais être à l’aise dans mon corps, connaître son fonctionnement, ma sexualité me semblait épanouissante… En réalité, je vivais ma vie à 2000km/h et je n’avais aucun recul ! Je crois bien que je n’avais jamais pris le temps de me poser sans rien faire, encore moins d’écouter ce qui se passait dans mon corps… Ce qui fait que les débuts ont été assez difficiles ! Je rencontrais beaucoup de résistances. Je me sentais raide, ralentir m’était parfois insupportable, j’avais l’impression de ne rien ressentir et certains mouvements tout en rondeur se faisaient au carré… Il a bien fallu que je me rende à l’évidence : j’étais complètement coupée de mon corps, et en particulier de cette région si intime du bassin et du périnée.

Il m’a fallu de la patience, de la constance, et, je m’en rends compte maintenant, de la confiance dans ce processus pour continuer malgré tout ; des larmes aussi, qui m’ont permis de libérer les émotions qui s’étaient accumulées, de défaire l’armure que je m’étais construite au fil du temps et de recontacter la douceur qui se cachait à l’intérieur.

Une fois cette douceur contactée, j’ai enfin pu entrer dans un travail plus fin et plus subtil. Les mouvements n’avaient pas changé, mais mon corps acceptait enfin de s’animer ! Et le monde que j’ai commencé à explorer s’est révélé d’une richesse incroyable ! J’ai découvert des sensations qui m’étaient inconnues jusque là, des espaces et des muscles dont je n’avais pas conscience, uniquement par l’écoute et le mouvement. Même ma sexualité, qui était finalement bien routinière, ne m’avait pas permis ce degré d’intimité avec moi-même ! 

Cette intimité s’est approfondie au fil des années. Mon bassin et mon périnée se sont laissés apprivoiser. Ils sont devenus mes alliés. Je prenais soin d’eux grâce aux mouvements doux et nourrissants du Qi Gong de la femme, je prenais le temps d’être à leur écoute, ils me révélaient mes besoins, j’y répondais de mon mieux… Jusqu’au jour où j’ai réalisé que mes symptômes (pré)menstruels étaient beaucoup plus discrets, parfois même complètement absents, et qu’ils revenaient dès que je ne m’écoutais plus. Je suis devenue capable de prédire, selon mon rythme de vie du moment, les mois où j’allais en baver ;-) Et, surtout, j’ai compris que j’avais tout à gagner à respecter mon rythme !!! 

Approfondir la confiance en donnant la vie

Cette relation de confiance tissée au fil du temps m’a permis de vivre ma grossesse sereinement, connectée à mon corps qui se transformait, à mon bébé qui s’animait. Je l’ai senti bouger très tôt, avant même de commencer l’haptonomie qui a confirmé que ce petit courant électrique que je ressentais parfois, c’était bien lui !

La naissance a été très longue et éprouvante, en grande partie car je n’avais pas la possibilité de bouger comme je l’entendais. Sans m’en rendre compte, j’ai petit à petit baissé les bras, épuisée. Plus rien n’avançait. À un moment donné, j’ai perçu une activité anormale autour de moi et instinctivement je me suis dit que s’il ne se passait pas quelque chose rapidement il naîtrait par césarienne. Ça m’a fait l’effet d’une douche froide. Toute mon énergie s’est canalisée instantanément. A partir de ce moment là, j’ai visualisé mon périnée qui s’ouvrait en grand à chaque contraction. Quelques minutes plus tard, il m’a fallu convaincre la sage-femme que mon bébé était là ! Ce revirement de situation lui semblait impossible.

Cette naissance m’a fait réaliser que j’avais toute la connaissance nécessaire pour mettre mon enfant au monde dans de bonnes conditions, une connaissance intime de ce qui se passait en moi grâce à mes ressentis, une connaissance de mon propre corps que je suis la seule à avoir. Ce jour-là, une grande confiance s’est installée, un sentiment de puissance qui n’a rien à voir avec le fait de prendre le pouvoir sur quoi que ce soit, mais avec le fait de savoir dans ma chair que JE PEUX, que JE SAIS. Si j’écoute ce qui se passe en moi. Encore aujourd’hui, 8 ans après, quand mon mental prend le dessus et sème le doute, je me reconnecte à ce moment-là, dans mon corps, pour me rappeler sa grande sagesse.

Mettre de la conscience plutôt que "rééduquer"

Quelques temps après, la question de la rééducation périnéale s’est posée. Bien fatiguée par les premières semaines de ma vie de maman d’un petit garçon aux besoins intenses, je suis allée au plus simple, chez une sage-femme près de chez moi. Elle m’a demandé d’acheter une sonde, et pendant toute la séance, m’a fait contracter mon périnée tout en regardant les courbes de l’écran. Ce n’était jamais assez… J’ai fini par dire stop et je lui ai demandé s’il n’y avait pas une façon un peu plus humaine de s’y prendre… Devant son peu d’enthousiasme à me proposer de le faire "manuellement", j’ai décidé de chercher ailleurs !!! 

La vie m’a amenée chez une autre sage-femme (près de chez moi elle aussi, il suffisait de partir dans l’autre sens ;-) qui pratiquait l’eutonie. L’intention de cette méthode n’est pas de muscler à tout prix, mais de trouver le tonus juste pour chaque situation. Chaque séance commençait par un moment de relaxation. Ensuite, des mouvements souvent très petits me permettaient de conscientiser les multiples petits muscles de mon périnée et de mon bassin. Je me retrouvais dans mon élément ! L’approche était la même qu’en Qi gong : mettre de la conscience et faire confiance à nos ressentis. Car il s’agissait de ça aussi. Cette femme faisait confiance à mes ressentis. Elle n’avait pas besoin de valider quoi que ce soit avec un écran ou même en me touchant. J’étais CELLE QUI SAIT.

Non seulement j’ai à nouveau découvert tout un monde (cette exploration est infinie !!!), mais ces séances ont été profondément apaisantes, aussi bien pour moi que pour mon bébé qui dormait en général tranquillement sur moi. Elles m’ont aussi nourrie et régénérée profondément. Un vrai cadeau pour une jeune maman ! Un vrai cadeau pour le reste de ma vie aussi de savoir, dans mon corps, à quel point me reconnecter à cet espace m’apaise et me régénère !

Au fil de ces expériences, l’exploration est devenue une seconde nature chez moi, pendant ma pratique du Qi Gong bien sûr, mais aussi un peu n’importe quand dans mes journées. Ma vie quotidienne est devenue un vaste terrain de jeu !

Découvrir que la “continence” menstruelle est possible

Jusqu’au jour où ma coupe menstruelle est malencontreusement partie avec l’eau des toilettes… Je me suis retrouvée sans protection au moment le plus intense de mes saignements. Cet incident m’a permis de faire une découverte incroyable : ce jour-là, pas une goutte de sang n’a taché ma culotte. Le sang se libérait seulement aux toilettes. Naturellement. Et ça continue depuis, mis à part les jours où je fais trop de choses en même temps (ce qui a tendance à me faire oublier que j’ai un corps !), ou bien lorsque je n’ai pas accès à des toilettes facilement.

Sur le moment, je me suis vraiment demandé ce qui se passait. Je ne faisais aucun effort pour retenir mon sang. Je vivais ma vie, et le sang s’écoulait uniquement au "bon moment"… Alors j’ai fait des recherches pour savoir si d’autres femmes vivaient ça, et j’ai découvert que ça s’appelait le flux libre instinctif, et que certaines femmes s’entrainaient pendant des mois pour y arriver ! J’ai compris que toute la conscience développée dans la région de mon bassin et de mon périnée au fil des années, la connaissance fine de mes besoins par le biais de mes sensations, me permettait de sentir le moment où le sang se libérait (car, contrairement aux idées reçues, le sang ne coule pas en continu) et me donnait instinctivement l’envie d’aller aux toilettes. Je n’avais rien à faire, juste à me rendre disponible aux signaux que m’envoyait mon corps. 

Si je peux le faire, nous pouvons toutes le faire. C’est le fonctionnement "normal" de notre corps. Et vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça fait du bien ! Les premiers temps, j’étais hyper fière de cette autonomie toute nouvelle. :-)))) Et puis je me suis sentie incroyablement libre. Et puissante. Je suis capable de ça. Dans les profondeurs de mon bassin, ma conscience veille. Elle sait. Autre bénéfice non négligeable : mes douleurs menstruelles ont complètement disparu !

Accompagner la transition de la ménopause

Aujourd’hui, je suis heureuse de voir mes menstruations arriver. Je les vis réellement comme un cadeau, et d’autant plus que mes cycles s’allongent… Je savoure chacune de ces occasions de me régénérer et de repartir sur de nouvelles bases, et je continue à être attentive à ce qui se passe en moi. C’est un vrai point d’ancrage en cette période de transformation profonde. Ne plus pouvoir m’appuyer sur la régularité de mes cycles m’invite à une écoute encore plus fine de ce qui se passe en moi afin de prendre conscience de mes limites et de respecter mes besoins qui sont comme mon corps, en perpétuelle évolution. Et c’est ce qui rend cette exploration aussi passionnante… elle est différente chaque jour et elle ne sera jamais terminée tant que j’habiterai ce corps !

Et vous, quelle est votre histoire avec cette région de votre corps ?

(Mise à jour janv. 2024)
Si vous souhaitez explorer son potentiel, je vous recommande l’atelier pré-enregistré Pour un bassin et un périnée vivants. et celui qui a lieu sur le même thème (explorations différentes !) vendredi 26 janvier (à Montréal) et samedi 27 janvier 2024 (en ligne) !
Elle est bien sûr aussi à l’honneur lors des ateliers Prendre soin de soi au féminin !

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